Le rendez-vous de la maison & du jardin · Édition de Juillet ·

Comment faire mourir un arbre (proprement et legalement)

Un arbre qui pousse trop près de la maison, dont les racines sulevent la terrasse ou qui prive le potager de lumière - ca arrive. La bonne nouvelle, c'est qu'on n'a pas forcement besoin d'appeler une entreprise d'elagage pour s'en debarrasser. Quelques méthodes simples, chimiques ou naturelles, permettent de venir a bout d'un arbre et de sa souche sans retourner tout le jardin.

Avant tout : les règles a connaître

Abattre un arbre sur son propre terrain ne nécessité pas d'autorisation... sauf exceptions. Si l'arbre est classe, s'il se trouve dans un espace boise classe (EBC) ou si votre commune à un Plan Local d'Urbanisme (PLU) qui protège certains sujets, il faut une déclaration préalable en mairie. Un coup de fil rapide au service urbanisme suffit a lever le doute. Bon, après ça dépend aussi si votre voisin a déjà l'œil sur ce platane qui ombrage son potager - autant prevenirla aussi, ça évite les conflits de voisinage.

Autre point : la règle des 0,5 m / 2 m. Un arbre dont le feuillage ou les branches dépassent chez le voisin peut être taille jusqu'à la limite de propriété. S'il est a moins de 2 m de la cloture, votre voisin peut exiger l'abattage.

Mon angle - J'ai voulu couper un vieux sureau a moins de 50 cm du mur mitoyen. Mon voisin n'a rien dit, mais j'ai quand même pris deux minutes pour vérifier le PLU de la commune. Rien de bloque, j'ai pu agir tranquille.

Dévitaliser une souche avec un produit chimique

C'est la méthode la plus rapide une fois l'arbre abattu. On ne parle pas ici d'epandre un defoliant sur les feuilles (ca marché mal et c'est dangereux pour le reste du jardin) - on parle de traiter la souche directement après la coupe.

Le principe : on applique ou on injecte un produit desvitalisant a base de triclopyr ou de glyphosate concentre directement sur le bois frais. La substance remonte par les vaisseaux conducteurs jusqu'aux racines et bloque leur capacité a repousser. Efficace, mais a manipuler avec précaution.

Comment procéder :

  • Couper l'arbre au plus près du sol. Plus la coupe est fraiche, mieux le produit penetre.
  • Sur une petite souche, appliquer le produit au pinceau sur la face de coupe, en insistant sur l'aubier (la zone claire entre l'ecorce et le bois central).
  • Sur une souche large - plus de 20 cm de diametre - percer des trous en peripherie avec une mèche de 10-12 mm, tous les 5 cm environ, et verser le produit dans chaque trou.
  • Reboucher les trous avec de la cire ou du platre pour limiter l'evaporation.

Portez des gants nitrile, des lunettes et travaillez par temps sec. Ces produits ne font pas de distinction entre une souche et un bulbe de pivoine a 30 cm. Eloignez les animaux le temps de l'application.

Comptez 4 a 8 semaines avant de constater l'arret total de la vegetation. Après, l'arrachage de la souche devient nettement plus facile car les racines ont perdu leur "tension".

Méthode naturelle : sel et ail en août

Pas fan des produits chimiques ? On comprend, surtout quand la souche est proche d'un potager ou d'un bassin. La méthode au sel gemme et à l'ail est plus lente - comptez 6 a 12 mois - mais elle ne laisse aucun residu toxique dans le sol.

Le secret du timing : cette méthode ne fonctionne vraiment qu'en août. C'est le moment ou la seve redescend des feuilles vers les racines pour stocker les réservés hivernales. Les substances introduites dans les trous sont donc transportees activement jusqu'aux racines profondes, ce que la seve montante du printemps ne fait pas.

Mode operatoire :

  • Percer le tronc et la souche avec une grosse mèche (18-20 mm), en biais si possible pour faciliter le remplissage, tous les 10 cm environ.
  • Introduire dans chaque trou quelques gousses d'ail ecrase ou une bonne dose de gros sel gemme (pas du sel de table iode, qui se dissout trop vite).
  • Tasser légèrement et reboucher avec un bouchon de bois ou de la cire d'abeille.
  • Laisser agir. Pas besoin d'arroser.

Le sel desseche les tissus et perturbe l'absorption d'eau. L'ail, lui, contient de l'allicine, un compose fongicide et bactericide qui accelere la decomposition du cambium. L'un dans l'autre, la souche finit par ne plus rejeter et le bois pourrit progressivement - ce qui facilite beaucoup le dessouchage.

Attention : ne pas abuser du sel si vous voulez replanter au même endroit dans les deux ans. Le sol sature en sodium est hostile aux nouvelles plantations, y compris pour des rhizomes comme les arums - un espace libéré mérite une vraie préparation si vous envisagez d'y replanter un arum déplacé depuis un autre coin du jardin. Paillez après pour aider a diluer.

Dessoucher ou laisser pourrir sur place ?

Une fois l'arbre mort, deux options : dessoucher mecaniquement ou laisser faire le temps.

L'arrachage mécanique est la solution si vous voulez reinvestir l'espace rapidement. Une mini-pelle ou un fraisage de souche (on loue ca chez Kiloutou ou Loxam, une centaine d'euros la demi-journée) vient a bout de la plupart des souches en moins d'une heure. Le BRF (bois raméal fragmenté) produit par le broyage peut être reutilise en paillage.

La decomposition naturelle prend 5 a 10 ans selon l'essence. Lente, mais gratuite. On peut accelerer en percant la souche et en y semant des champignons lignicoles (pleurotes ou strophaires) - ça fait de la bioturbation utile et ça donne même quelque chose a récolter. Les galeries de mulots s'installent facilement sous les souches en décomposition : si vous en voyez apparaître, les remèdes naturels contre les mulots au jardin permettent de gérer le problème sans perturber le reste du jardin.

Personnellement, on a laisse pourrir une souche de merisier pendant sept ans au fond du jardin. L'espace ainsi libéré peut devenir un beau carré potager - idéal pour planter des courgettes jaunes qui demandent un sol riche et bien drainé. Au bout de deux ans c'était devenu un hôtel a insectes natural, et au bout de sept un monticule de terre noire que le potager a avale sans rechigner.

Peut-on faire mourir un arbre "sans couper" ?

Oui, techniquement - en ecorcant l'arbre sur toute sa circonference (technique dite de l'annelation ou "annealing"). On retire une bande d'ecorce de 10 a 15 cm de large tout autour du tronc, ce qui interrompt la circulation de la seve dans le phloeme et tue progressivement l'arbre en quelques mois.

C'est plus discret, et ça peut être utile si vous attendez une saison creuse pour abattre. Mais ça n'évite pas l'abattage final ni le dessouchage. Et un arbre mort debout reste dangereux - branches qui cassent, bois qui pourrit. A ne pas laisser trainer plus d'une saison, surtout a proximité d'une habitation.

Pour les arbres de grande taille ou situes près d'une construction, l'intervention d'un arboriste certifie reste la solution la plus sure. Certaines entreprises proposent des devis gratuits et le bois peut partir en bois de chauffage - autant que ça serve.

Écrit par

L'équipe Almanach

On teste, on jardine, on bricole, puis on écrit. Des conseils de saison pour la maison, le jardin et la déco, vérifiés avant publication.

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